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"Chez soi mais pas isolé"

20/03/2020 | Codiv-19 - Confinement - Conseil
 
Membre du conseil dadministration de la Ligue, Patricia Bertolino est psychologue depuis près de 20 ans. Confrontée chaque jour depuis le début de la crise sanitaire aux questions de patients, elle donne quelques conseils pour faire face à cette situation de confinement inédite. Par souci de solidarité.
 
Patricia, tu es psychologue en Centre Hospitalier et tu as suggéré au président de la Ligue Gérard Oreggia de mettre en place un soutien psychologique aux licenciés qui en auraient besoin, pourquoi ?
Le confinement n’a débuté que depuis quelques jours et nous pouvons déjà en constater les premiers effets. L'enferment, l'isolement, le manque, la solitude et l’anxiété sont les ingrédients parfaits pour déstabiliser tout un chacun. Parmi nos licenciés il y aura peut-être des personnes contaminées, isolées, anxieuses… L’impossibilité de voir ses amis ou sa famille quand on a besoin d’eux, pour se rassurer, ou l’incapacité d’aller voir des proches malades est d’ores et déjà très difficile à gérer et peut devenir très compliqué avec le temps. Et nous risquons de vivre cette situation encore pendant plusieurs semaines. Même s’il est important de se le rappeler nous sommes confinés (avec des autorisations de sorties réglementées) à l’intérieur de l’espace intime et rassurant qu’est notre domicile, mais nous ne sommes pas incarcérés.
 
Chez les sportifs, le manque d’activité physique vient s’ajouter à l’isolement pour un cocktail qui pourrait être explosif…
Oui, c’est pour ça que certains peuvent aller jusqu’à prendre des risques inutiles pour s’entraîner, comme par exemple aller rouler alors que c’est interdit et que cela peut avoir des répercussions sur leur propre responsabilité de citoyen en cas d’accident… Il y a peu de temps encore, on raisonnait par rapport à la liberté de chacun à faire telle ou telle chose. Aujourd’hui, on doit réfléchir différemment, collectivement, carchacun de nos actes peut avoir un impact sur les autres. Le président de la République, lui-même, a choisi de parler de « guerre » qui renvoie à une notion collective plutôt que de parler de « confinement » qui induit l’idée de solitude.
Effectivement, passer d’un rythme soutenu d’entrainement à une activité physique très réduite peut très rapidement laisser place au manque. Il va falloir compenser ce vide par d’autres formes d’activités pour reprendre le contrôle sur nos vies. L’acceptation de voir les objectifs et les compétions s’annuler peuvent faire basculer les sportifs dans une forme de deuil, voire de dépression. L’acceptation de devoir renoncer à maintenir sa condition physique car les conditions d’entraînement ne sont pas réunies peut faire naître des sentiments profonds de frustration et de colère.
 
Comment faire alors pour combler ce manque ?
Il faut tenter de voir les choses de manière positive. Derrière la contrainte, pour le vivre mieux, nous pouvons dégager du confinement tout ce qu’il va nous apporter de positif, avec très certainement des bouleversements dans nos vies. Mais bien organisé, le confinement peut devenir une source de créativité et un support d’un nouveau mode d’être ensemble.Il ne faut pas se laisser envahir par le vide mais créer. Et ça commence par créer un nouveau rythme. Temporaliser va devenir un point essentiel, c’est à dire bien se dire que cette période pénible est indispensable et aura une fin…. Même si elle parait loin. Cela peut paraître évident mais il est important de se le dire. Il faut organiser sa journée: mettre le réveil, prendre un petit-déjeuner, s’apprêter, il est essentiel de continuer à prendre soin de soi et de ne pas passer sa journée en pyjama. Pour ceux qui vivent seul, sans enfant, sans conjoint, il faut quils se connectent à un environnement social, soit par le télétravail, en différenciant si possible son espace de vie à son espace de travail, soit par les réseaux sociaux. Il faut lâcher du lest avec les ados hyperconnectés. Ils ont un besoin vital de socialisation. Même si on peut leur demander d’éteindre leurs portables pour passer à table.
Organiser sa journée avec des moments prévus pour certaines activités comme les temps detélétravail ou de travail scolaire et d’autres moments de loisir (lecture, jeux, bricolage, cuisine, sport). Tout en respectant les temps de repas et de sommeil. Il est essentiel de maintenir une hygiène de vie correcte, manger sainement et surtout faire de l’exercice physique. Continuer à maintenir une activité cardio et développer ses défenses immunitaires.Organiser sa journée pour trouver un temps pour garder le lien avec ses amis et sa famille (téléphone, face time, Facebook…).
 
Tu vois dun bon œil les initiatives qui affluent sur les réseaux sociaux, avec des entraînements en ligne, des challenges, etc
Sur les réseaux sociaux, il y a toujours du bon et du mauvais, il faut dabord éviter de se laisser emporter par les fake news. Mais pour le reste, les initiatives collectives sont excellentes pour rester chez soi mais pas être isolé. Certains clubs de la région ont mis en place des rendez-vous quotidiens pour faire du home-trainer connecté, cest génial. Cest finalement comme les entraînements en club, quand on sait quon sera plusieurs, ça motive davantage !
 
Dans les familles, quil y ait ou non des sportifs, il faut aussi parfois gérer les enfants dans cette période délicate et inédite. Quels sont tes conseils pour que les petits ne soient pas trop perturbés par cette situation ?
Comme pour les grands, il faut garder une structure dans la journée et la semaine des enfants. Idéalement, on peut se faire un calendrier en gardant les repères habituels : les repas, la sieste, le goûter, le temps scolaire, le temps en famille, les activités de la semaine et du week-end. Cest aussi vrai pour lespace disponible. Il faut créer ou garder, mais ce nest pas toujours évident en fonction du lieu de vie, des espaces distincts : un espace pour les parents, un espace pour les enfants, un espace commun pour la famille, et même un espace pour le couple ! Ce nest pas interdit de prévoir un apéro-balcon sans les enfants (sourire) Il est certain que l’enjeu principal va être le vivre ensemble, se supporter les uns les autres mais aussi soi-même. Réapprendre à s’écouter, à se parler, s’autoriser l’ennui qui permet de rêver, récupérer physiquement du stress quotidien, ne pas se cacher derrière les écrans toute la journée, s’autoriser des espaces quand notre patience atteint ses limites, se révéler dans des activités communes que nous n’avions plus le temps de faire, sont autant de petites choses qui vont nous permettre jour après jour de vivre au mieux ce confinement. Cédez à l’inactivité sans culpabiliser !
 
Si vous en ressentez le besoin, vous pouvez contacter Patricia Bertolino sur l’adresse email suivante : pbertolino@triathlonpaca.com.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Ligue Provence-Alpes - Côte d'Azur de Triathlon
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